Allan Meltzer : “La crise immobilière est moins grave que la perte de richesse causée par la hausse du pétrole”

Allan Meltzer est professeur à la faculté américaine de Carnegie Mellon.

Après un an de crise, que doit-on attendre de la suite des événements ?

La meilleure chose qui soit arrivée est que les prix de l’immobilier ont chuté. Il n’y aura pas de sortie de crise avant que nous sachions le prix réel des maisons. Sans davantage de certitudes sur ce front, on ne peut pas savoir quelle est la valeur des crédits immobiliers en portefeuille. Cependant, la baisse des prix des maisons n’est pas terminée, et aujourd’hui, personne ne sait de combien ils doivent encore baisser.
Pensez-vous que le plan de sauvetage qui vient d’être voté va permettre une sortie de crise ?

Il aura très peu d’impact. Beaucoup des emprunts que les autorités veulent sauver font partie de “packages” associant différents types de prêts. Tout cela est très complexe à débrouiller. Surtout, sans pression du gouvernement, peu de banques vont vouloir s’engager pour sauver ces prêts en difficultés. En fait, le risque d’intervention du gouvernement, en la matière, est de ralentir le processus d’ajustement des prix dont nous avons besoin.

N’y a-t-il pas un danger macro-économique et social à laisser les prix de l’immobilier s’ajuster sans rien faire ?

Les gens qui ont les plus gros problèmes économiques sont ceux qui, de toutes façons, n’ont pas de capital dans leurs biens immobiliers et pas de capacité d’emprunt à protéger. Ils vont louer à nouveau leur maison. Ils ne perdront rien parce qu’ils n’ont presque rien investi.

Qu’est-ce qui peut déclencher le retour de la confiance ?

Quand les prix de l’immobilier auront atteint un point bas. Peut-être à la fin de l’année, mais ce n’est qu’une supposition, on ne peut pas savoir.

L’économie américaine est-elle menacée d’une récession ?

Son plus grand problème n’est pas qu’elle est en récession, c’est qu’il est en train de s’opérer une perte de richesse en défaveur des Etats-Unis, au profit des pays producteurs de pétrole. Après une récession, on revient aux niveaux de production la précédant. Là, ce ne sera pas le cas. Nous allons être grevés d’une partie de nos richesses en permanence. C’est ce à quoi on s’ajuste. Cela requiert que les salaires réels baissent, que les profits réels baissent, et c’est ce qui se passe. Je crois en effet que le plus gros danger qui pèse sur l’économie américaine – et sûrement l’économie européenne, d’ailleurs – est la flambée du prix du pétrole et des matières premières. Les gens ont moins d’argent à dépenser.

La flambée du pétrole est plus grave que la crise immobilière ?

Oui. Car elle affecte tout le monde. Le problème de l’immobilier est localisé dans six régions américaines – Californie, Floride, etc. Le reste du pays – Washington, New York, etc. – ne connaît pas de déclin important des prix. La crise immobilière affecte Wall Street, qui a été assez idiote pour acheter ces “mortgages”. Du coup, Wall Street n’a de cesse de se plaindre de ce que la situation est terrible… Mais ce qu’ils oublient de dire est que c’est terrible pour eux, pas pour le reste d’entre nous.

Le ralentissement sera-t-il brutal ?

On nous disait, à Wall Street, qu’on était au bord d’une nouvelle Grande dépression. C’est totalement faux. Le taux de chômage était de 25% à cette époque, il est aujourd’hui de 5,5%, il y a un filet de sécurité bien plus important. En plus, la Grande dépression a été causée par l’erreur de la Fed d’autoriser une baisse de la masse monétaire de 25%. Cela n’arriverait plus aujourd’hui. En fait, c’est Wall Street qui est en phase de dépression. L’économie, quant à elle, avance dans la bonne direction.

Les autorités américaines ont-elles été trop indulgentes avec le secteur financier ?

Oui. Le système ne peut pas fonctionner si les banques ramassent les gains, et les contribuables les pertes. On a été trop indulgent avec Fannie Mae et Freddie Mac, ainsi qu’avec les banques d’affaires, qui ont été autorisées à se refinancer directement auprès de la Fed. Lorsque les banques ne peuvent plus lever d’argent, les autorités doivent, si besoin est, forcer les actionnaires à reconnaître qu’ils ont tout perdu et gérer le transfert des actifs des banques ailleurs pour que leurs activités se poursuivent et qu’il n’y ait pas de risque systémique.

Acheter en Floride est assurément une bonne affaire

La crise des hypothèques à risque et les taxes élevées forcent plusieurs propriétaires de Floride à vendre et les acheteurs canadiens peuvent faire de très bonnes affaires avec la force combinée du huard et la faiblesse du billet vert.

Selon l’agent immobilier Norm Lebel d’Hollywood en Floride, les maisons à vendre sont très nombreuses et les prix en baisse. «Plusieurs propriétaires doivent vendre et les prix ont grandement baissés. Il y a 15 mois, j’ai vendu une maison 232 000$, je viens d’en vendre une presque pareille pour 138 000$», affirme M. Lebel.

Le marché floridien est actuellement en mutation. Alors que la valeur des maisons a pratiquement quadruplée depuis 10 ans et les taxes doublées en quatre ans, la tendance est maintenant à la baisse estime Norm Lebel. Les taxes sont en baisse et le prix des maisons aussi, mais le meilleur est à venir croit M. Lebel qui affirme que le marché n’a pas encore atteint son creux.

La Floride, Eldorado des snowbirds québécois

Des condos de 200 000$, maintenant à 140 000$
Avec un dollar canadien fort et un marché immobilier en crise, la Floride redevient l’Eldorado pour les snowbirds québécois intéressés à acheter des condos à rabais, a constaté Le Journal de Montréal lors d’un reportage réalisé sous les palmiers.

« C’est un bon moment pour acheter », affirme Norm Lebel, agent Remax dans le secteur Hallendale-Hollywood.

Il fait valoir que le prix des condos a chuté de 30 % en moins de deux ans dans le sud de la Floride, en raison de la crise des prêts à risque et de l’éclatement de la bulle immobilière.

Au cours de la même période, le dollar canadien s’est apprécié de 30 %, pour atteindre la parité avec le dollar américain.

« Ce sont deux éléments qui favorisent les acheteurs québécois en Floride », souligne-t-il.

Janique Allard, qui fait de l’immobilier avec son mari, Norm Lebel, passe plus de temps au téléphone « avec des clients potentiels québécois » depuis que le dollar canadien vole à la même altitude que le billet vert américain.

« Certains se disent prêts à venir en Floride pour faire une offre d’achat », dit-elle.

Ce n’est pas un hasard si le marché floridien est favorable aux acheteurs, constate l’agent immobilier.

« Pour 20 condos à vendre, il n’y a qu’un seul acheteur . Ceux qui veulent vendre leur condo n’ont d’autre choix que de baisser leur prix », explique-t-elle.

Peu d’acheteurs

Pauline Grenier-Carrier, agent immobilier chez Coldwell Banker, dit travailler très fort, entre autres dans les secteurs de Sunny Isle et Hollywood. « Il y a beaucoup d’inventaires, mais peu d’acheteurs », dit-elle.

Le ralentissement du marché a eu un impact sur ses ventes. Elle a une cinquantaine de condos invendus. « Ceux qui vendent sont ceux qui acceptent de baisser leur prix », concède-t-elle.

Ventes de condos en chute libre

Les ventes de condos sont d’ailleurs en chute libre. Depuis le début de l’année, dans les comtés de Broward, Dade et West Palm Beach, il s’est vendu 46 306 condos, contre 80 328 pour toute l’année 2006.

Les prix ont suivi une courbe similaire. Un condo qui avait une valeur marchande de 200 000 $, il y a deux ans à peine, se revend maintenant sous les 140 000 $.

Les vendeurs sont, pour un fort pourcentage, des Américains vieillissants qui supportent de plus en plus difficilement le fardeau des taxes et des assurances.

Il y a aussi des snowbirds québécois parmi les vendeurs qui veulent passer leur hiver dans des condos qu’ils vont louer cinq ou six mois par année. Dennis Lussier, agent immobilier qui vend dans West Palm Beach et Boca Raton, constate que des condos, il y en a sans doute plus d’un millier à vendre dans son secteur.

« Je ne m’attends pas à un retour à l’équilibre avant de 12 à 24 mois », analyse-t-il.

Pour lui, comme pour d’autres, le creux de la vague ne serait pas atteint et les prix des condos pourraient encore baisser.

Yvon Laprade
Le Journal de Montréal

L’euro fort part à l’assaut de l’immobilier américain

L’euro, monnaie désormais plus forte que le dollar, permet aux spéculateurs du Vieux Continent d’investir dans le secteur immobilier américain, qui reste en berne depuis la crise des subprimes. (Reportage : E. Saint-Martin)

L’euro fort ne fait pas que des malheureux. De plus en plus d’Européens profitent de la baisse du dollar, et de la chute des prix de l’immobilier, pour investir aux Etats-Unis.

Au niveau national, les ventes de logements aux étrangers ont représenté 3 % des transactions l’an dernier, mais dans certains marchés comme New York ou Miami, c’est beaucoup plus.

Certains professionnels estiment même que les acheteurs étrangers sauvent l’immobilier américain d’une récession encore plus sévère.

Immobilier – De plus en plus de Français vivent sous les palmiers de la Floride

«On est dans un cycle complètement favorable à l’euro et aux investisseurs européens»

Miami, États-Unis — Avec des prix de l’immobilier au plus bas, un euro qui bat des records, une législation américaine souple, et l’environnement attractif de Miami, les Français sont de plus en plus nombreux à investir en Floride.

Les Français ont été 70 000 à visiter Miami en 2006. Ils sont déjà quelque 30 000 à résider en Floride.

Sylvie et Omar Iddou se sont installés à Miami dès 2003 pour investir dans l’immobilier. Omar y rachète des maisons, qu’il rénove et décore avant de les revendre avec une plus-value.

À présent, ils s’apprêtent à investir dans le locatif. Sylvie travaille entre Miami, New York et Paris. Elle considère que le marché immobilier est bien plus intéressant outre-Atlantique.

«Une maison de 170 m2 avec piscine et jardin à 450 000 dollars, comme celle où nous vivons actuellement dans le quartier de Sherwood, c’est extraordinaire! En France, il n’y a pas d’équivalent».

Comme beaucoup d’autres Français, le couple a décidé d’acheter un bien pour le louer. Ils ont en ligne de mire un appartement d’une valeur de 750 000 dollars, à Williams Island, un quartier chic de Miami Beach.

«On est dans un cycle complètement favorable à l’euro et aux investisseurs européens», relève Romain Pigeon, leur agent immobilier, collaborateur de Miami Investment Brokers.

Une tendance que confirment de nombreux professionnels. Isabelle Andrews est un agent français, qui travaille à Miami depuis huit ans. L’an dernier, la moitié de son chiffre d’affaires a été réalisé grâce aux achats d’Européens. Selon elle, la crise de l’immobilier à Miami ne devrait pas durer plus d’un ou deux ans.

«Le mot crise est trop fort. Miami a vu se construire trop d’appartements ces dernières années, mais en ce qui concerne les maisons, le marché connaît plus une correction qu’une crise. On vit un ralentissement naturel. Comme la ville est coincée entre l’Atlantique et le parc naturel des Everglades, les terrains se font rares et leur valeur ne peut pas trop baisser», estime-t-elle.

«Et surtout, Miami n’est pas chère, comparée à toutes les autres villes internationales américaines», assure l’agent.

Dans le reste des États-Unis, la crise de l’immobilier fait rage et pèse sur les prix. Beaucoup d’Américains ne peuvent plus payer leurs crédits hypothécaires et perdent leur maison, saisie par la banque. Sur un an, le nombre de procédures de saisies est en hausse de 48 %.

Les prix de l’immobilier devraient continuer à baisser pendant encore quelque temps. Mais, selon Jonathan Miller, de l’agence de conseil en immobilier new-yorkaise Miller Samuel, «cela n’empêchera pas les acheteurs étrangers de continuer à acheter».

Selon une enquête récente de la National Association of Realtors, 18 % des agents américains ont conclu au moins une affaire avec des clients étrangers en 2007. Cette proportion s’élève à 65 % en Floride.